jeudi 4 août 2011

Le monstre sous le lit: critique de Ça de Stephen King

Après avoir lu Duma Key, j'étais accro, en manque: une vrai junkie. Je voulais du sang, de l'horreur, des tripes arrachées et des clowns maléfiques. J'étais prête pour Ça (It), le chef-d’œuvre de Stephen King publié en 1986. Aurais-je pu le lire avant aujourd'hui? Je ne crois pas. Les livres de Stephen King demandent au lecteur un tel abandon qu'il vaut mieux attendre le bon moment pour les ouvrir. Sinon, la connexion ne se fait tout simplement pas. Selon moi, du moins.


En octobre 1957, le petit George joue dans les rues de la ville fictive de Derry, dans le Maine, avec le bateau en papier que son grand frère Bill lui a fabriqué. Quand son bateau tombe dans une bouche d'égout, George se penche pour le ramasser et apperçoit un clown, dans l'égout. Le clown lui propose tout naturellement de lui redonner son bateau, il n'a qu'à tende le bras...bras que le clown arrache, le tuant sur le coup. Ce meurtre ne sera pas le premier ni le dernier à survenir à Derry où à tous les 27 ans, une force semble se déployer et mettre à morts plusieurs personnes individuellement avant de massacrer une grande partie de la population. Toujours de terribles et malheureux accidents, pendant lesquels les habitants de la ville semble perdent la tête. Pendant l'été 1957 Eddie, Stan, Mike, Ben, Richie et Bev suivront donc leur ami et meneur le Grand Bill à la recherche de ce monstre qui vit dans les égouts et qui semble être la cause de tous ces meurtres. Ensuite ils se feront une promesse: revenir à Derry si Ça revient.

En 1984, seul Mike vit encore à Derry. Les autres, devenus adultes, sont éparpillés un peu partout dans le monde. Mais un jour, Mike les appels un à un pour leur rappeler leur promesse faite il y a 27 ans quand ils étaient enfants: Ça est revenu. Et cette fois-ci, ils devront l'arrêter pour de bon.



Ça est d'abord un roman sur les peurs de l'enfance et sur le pouvoir que peut avoir l'imaginaire. C'est aussi un roman qui traite des différences entres le monde de l'enfance et celui de la vie adulte. Il traite aussi de comment les parents peuvent abandonner leur progéniture aux monstres qui se cachent sous le lit. Car les adultes de Derry ne semblent pas réagir comme des parents «normaux» dans une ville où les enfants sont trucidés et dans la bande de Bill, seul Mike à une famille «normal». Bev est battu par son père qui voit sa prochaine puberté comme une catastrophe, les parents de Bill ne s'occupe plus de lui depuis que son frère est mort, la mère de Ben le suralimente et la mère d'Eddie souffre du syndrome de Münchhausen par procuration. Ça traite aussi du Mal, comme rarement un auteur y est parvenu; car ce Mal est impregné dans la ville de Derry. Les massacres cycliques en sont un bon exemple. Lire ce roman est une expérience terrifiante tant les crimes sont odieux et les massacres influencés par Ça sanglants et détaillés. Mais pour tous amateurs d'horreur et de fantastique qui se respecte, ce roman est un classique.

Son seul et unique défaut est qu'après, que lire? J'ai déjà fais l'expérience de tout lire d'un coup les œuvres d'un auteur (il s'agissait d'Henning Mankel et de sa série avec l'inspecteur Wallander), mais l'expérience m'avait laissé un goût amer... Aussi bien me tranquilliser un peu et attendre avant de lire Le Dôme (Under the Dome) son petit dernier...quitte à trouver toutes mes lectures insipides et indigestes.

Lire de l'horreur amène un tel niveau d'adrénaline qu'après, j'en veux encore et encore...

mercredi 3 août 2011

Comment détruire les rêves d'une petite fille en trois étapes faciles

J'ai déjà écris ici que je voulais devenir Duchesse du Carnaval, sirène et Fée des glaces quand j'étais toute petite. J'ai aussi dis que j'avais été Fée des glaces et ruiné les rêves d'une petite fille par la même occasion. Je tiens à préciser ici que je n'ai jamais fais exprès. Voici comment c'est arrivé.

Je travaillais à contrat pour un organisme communautaire et un beau midi de novembre, alors que les responsables parlaient du party de noël de l'organisme, moi et ma grande gueule avons dit oui. Oui à : pourquoi ne pas interpréter la Fée des glaces puisque le Père Noël y sera. Lui fallait bien une ptite dame et comme j'ai les cheveux longs, une robe blanche porté à ma graduation et jamais remise, je ferais une excellente Fée des glaces et en plus, c'est mon rêve d'enfance, ahahaha.

Yeah right.

Le jour dit, je me présente à la fête et tout va comme sur des roulettes. La fête à lieu dans un club de golf, il fait beau, neige un peu et en grande adolescente, j'y suis reconduite par mon père: pas moyen de me sauver de la fête, ce qui est moins drôle. Mais je me lie d'amitié avec quelques gens, tout va bien. Quand c'est l'heure des cadeaux, je vais me changer en Fée dans les toilettes, je sors dehors et moi et le Père Noël montons dans une cariole tiré par un cheval. Le gros luxe et la petite fille en moi ne se peut plus. Les rideaux de la grande salle sont tirés, les enfants ont le nez collés dans la baie vitré, on voit leurs lèvres bouger: C'EST LE PÈRE NOËL-ET C'EST QUI ELLE? LA FÉE DES GLACES LA FÉE DES GLACES LA FÉE DES GLACES!!! Je suis belle, je brille de milles feux avec ma belle robe blanche et les enfants croient que je suis une fée venu du pôle nord pour leur donner des cadeaux. C'est mon heure de gloire. Un rêve se réalise. J'ai envie de pleurer de joie.

Moi et le Père Noël on entre, on donne les cadeaux, beaucoup de bisous et avant de repartir, une petite fille me regarde. Elle est belle comme un coeur et si elle est là, c'est qu'elle a du vécu et pas que du beau. Elle me dit: Es tu vraiment la Fée des glaces? Ben oui, je lui dis avec mon plus beau sourire (vous avais-je dit que c'était mon rêve d'enfance?). La vrai Fée des glaces? La vrai de vrai, ma belle. Alors elle me fait un MÉGA calin. Moi je repars dehors en envoyant la main, le coeur gros comme ça de bonheur.

On rentre par une porte dérobé, je glousse comme une petite fille, quelle belle expérience! Le Père Noël et moi mettons fin à notre liaison extra-conjugale et je reprend place dans la salle, après avoir revêtue mes vêtements à moi.

C'est dans la salle que ça me frappe.

Les enfants, tous excités par les cadeaux courrent partout et donnent aux adultes des bonbons pris sur les tables; parmis eux, ma petite fille. Celle qui croyait tant que j'étais la Fée des glaces, la VRAI Fée des glaces avec le VRAI Père Noël. Mais le vrai Père Noël, il avait un costume, une tuque, des lunettes et une barbe. Moi j'avais une robe, une mini cape et un diadème. Disons que sans la robe et les accessoires, je ressemble pas mal...à la vraie Fée des glaces. Oh oh. Il ne faut surtout pas qu'elle me voit.

Elle est passé deux fois devant moi en courrant, sans rien voir. Moi je regardais ailleurs, mais soudain j'ai été trahi par mes cheveux. Elle s'est arrêté, à écartillé les yeux et s'est écrié: Hoooonnn!! Tu es même pas la VRAI Fée des glaces!!!

Comme une conne, je n'ai rien trouvé de mieux à lui répondre que: ben non.

Après j'en ai eu pour des heures à expliquer à plusieus petites filles pourquoi j'avais menti, puisque mentir ce n'est pas beau et le Père Noël, ce n'était pas le vrai? Et...Et...

La plus longue après-midi de ma vie.

Alors pour la sirène et la Duchesse, je laisse ça à d'autres: je pourrais aussi bien me noyer ou vomir dans le costume de bonhomme Carnaval avec la chance que j'ai.

Et quand j'aurais une petite fille (ou un petit garçon) ils ne croiront pas à ces balivernes; ainsi aucune grande adolescente pogné dans sa robe de graduation à qui on avait demandé d'être la Fée des glaces parce qu'elle avait de si beau cheveux ne pourra briser leur rêve. Ils croiront peut-être juste au Père Noël et feront le lien de cause à effet comme des grands après avoir apperçu le VRAI Père Noël dans 4 centres d'achats différents.

Les hommes qui peignent sont dangereux: critique de Duma Key de Stephen King



Il y avait très longtemps que je n'avais pas lu de Stephen King. J'avais développé un préjugé défavorable face à son oeuvre, préjugé dont je ne souviens plus la cause. Ce printemps, je travaillais dans une librairie et en marchant dans les allées, j'ai apperçue la couverture, très rose et très Florida de Duma Key. Un rapide coup d'oeil sur le Web me permis de lire plusieurs critiques fort favorables. Il n'en fallu pas moins pour me convaincre que l'heure de la réconciliation entre moi et le King avait sonné; je suis comme ça moi: je n'aime pas la chicane.

Duma Key raconte l'histoire d'un homme, Edgar Freemantle, qui survit à un accident sur un chantier de construction. Il perd son bras droit et devient partiellement amnésique et aphasique; sa nouvelle condition le rend extrêment colérique et sa femme demande rapidement le divorce, tant il la terrifie. Edgar pense alors au suicide, mais son docteur, le psychiatre Karmen lui propose plutôt de prendre une année à lui, pour faire une activité qu'il aime, après quoi il pourra revenir sur sa décision. Edgar décide donc de quitter le Minnesota pour les Key's de la Floride où il loue une charmante maison, toute rose, sur l'île de Duma. L'île est presque déserte et appartient à une vieille dame, Elizabeth Eastlake, dont s'occupe un ancien avocat nommé Wireman. Bien vite, les trois éclopés (Elizabeth souffre d'alzheimer et Wireman de migraines constantes) vont devenir amis.

Edgar, qui dessinait quand il était jeune, considérere alors que la vue de Big Pink (sa maison de location) sur le Golf du Mexique est trop belle et commencera à peindre le coucher de soleil, comme son docteur lui a recommandé. Rapidement, ses toiles impresionnent Wireman et la fille d'Edgar, tant elles sont suréalistes et exceptionnelles. Mais Edgar, qui peint en transe, sent de plus en plus de picotements dans son bras manquant et remarque un élément terrifiant: ces toiles prédisent l'avenir, guérissent la maladie...mais Edgard réalisera rapidement qu'une force émane de l'île et que c'est cette force qui l'anime. Or, un tel pouvoir ne vient jamais seul.

Ce que j'aime chez King, c'est son souci du détail et sa pertinence: rien n'est laissé au hasard, rien n'arrive pour rien. Il faut être attentif aux petits détails, car c'est dans ceux-ci que se cachent l'horreur. Un excellent roman fantastique, par le maître incontesté du genre, qui démontre tout le pouvoir de la création.

L'ami imaginaire: critique du Dieu dans l'ombre de Megan Lindholm (aka Robin Hobb)



N'étant que peut familière avec la fantasy (mais ayant drôlement envie de la découvrir) j'ai jeté mon dévolu sur un roman de la très prolifique Robin Hobb, qu'elle a publié sous le nom de Megan Lindholm (son véritable nom est Margaret Astrid Lindholm Ogden). Par contre, comme je n'avais pas envie de commencer une longue série (elle a écrit Le cycle de l'assassin royal, Le cycle des aventuriers de la mer et La cité des anciens qui vient de débuter) j’étais bien embêté. Je dois aussi avouer que moi et la fantasy apprenons à nous connaitre, tout doucement. Et j'ai trouvé en fouillant à la bibliothèque Le Dieu dans l'ombre (Cloven Hooves) publié en 1991, roman non pas de fantasy, mais de fantastique. La rencontre fut fulgurante.

Petite, Evelyne a un ami imaginaire. Avec lui, elle joue dans la forêt derrière la maison familiale à Fairbanks, en Alaska. Elle lui donna le nom de Pan et il fut son meilleur ami jusqu'à ce qu'elle devienne pubère. À 25 ans, au moment du récit, elle a oublié Pan depuis longtemps. Elle est alors mariée avec un homme qu’elle juge trop beau pour elle et mère d’un petit garçon qu’elle adore. Tous ensembles vivent dans leur maison de Fairbanks et rien ne vient déranger leur petite vie paisible. Mais lors d'un voyage à Washington dans sa belle-famille qui la tyrannise à trop vouloir la faire entrer dans un moule, l'horreur survient. Et Pan, cet ami imaginaire qu'elle pensait avoir perdu à jamais réapparait et l'entraîne dans un voyage onirique et érotique dans les confins des forêts de l'Alaska.

Le dieu dans l'ombre n'est pas le roman le plus accessible de madame Lindholm; malgré tout il est d'une beauté et d'une sensibilité à couper le souffle. Certains l'ont trouvé trop long, trop bavard, trop axé sur les pensées d'Evelyne...Pour ma part, je me suis reconnue dans cette femme iconoclaste, anticonformisme qui préfère la vie dans les bois à la vie en ville. Le dieu dans l’ombre m’a fait pleurer, m’a fait rêver; c’est tout ce que j’attends d’un livre et pour ça, je dis merci.

Par contre, ma rencontre avec la fantasy est encore reportée.

C'est nous qui sommes les morts-vivants: critiques de World War Z, du Guide de Survie en Territoire Zombie et de Walking Dead

Je ne sais pas d'où vient notre fascination (ni la mienne d'ailleurs) pour les morts-vivants. On ne peut pas dire que notre affection vient de leur grande beauté, disons. Pourquoi alors sommes nous fascinés par eux? Je crois que c'est à cause de notre éducation et de notre fonds de religion catholique: les humains ne sont pas supposés ressusciter après la mort. Seul Jésus a eu le droit (et c'est parce qu'il avait une fichu de bonne raison). Les zombies sont également cannibales et ne présente aucun signe d'intelligence, ce qui en choque plusieurs: d'habitude, une espèce qui n'a aucun QI n'est pas supposé survivre. Or, dans le cas qui nous intéresse, elle nous mange. Avouez que c'est frustrant. Et le comble: on ne sait pas pourquoi ils sont comme ça. Dans aucune des trois œuvres présenté ici une explication scientifique est donnée (ne confondez pas la série de télévision The Walking Dead et la bande dessiné); fondamentalement, ça dérange. Et fascine à la fois.

World War Z de Max Brooks

Ce livre est «une histoire orale de la guerre des zombies». Dans notre monde sans date (on imagine la fin du siècle dernier ou le début du nôtre par rapport aux références données) les morts ont cessé de mourir. La guerre a bien failli éradiquer l’ensemble de l’humanité: comment combattre un ennemi qui ne craint pas la mort et qui ne s'arrête que si on lui tire une balle dans la tête? Mais heureusement, les vivants ont gagné et bien qu’il reste quelques millions de zombies sur la terre (dans l’océan, gelés dans les zones arctiques et en Islande où les réfugiés furent prit en souricière et transformé en zombie) la guerre est officiellement terminée. Mais l’humanité ne sera plus jamais la même et c’est ce que l’auteur, en mission pour l’ONU, réalise en prenant les témoignages des survivants. Malgré l’aspect surréaliste du récit, on croit à cette guerre et aux témoignages qui y sont recensés. Seulement, l'auteur tombe parfois dans la critique sociale et le fait grossièrement. Aussi, les témoignages sont court et parfois, on souhaiterait en savoir un peu plus sur les survivants. Néanmoins, le tout est agréable à lire et franchement divertissant. La folie de Max Brooks est contagieuse et il est fascinant de voir à quel point il a pris le temps de construire son récit pour le rendre le plus «réaliste» possible. À lire en regardant un bon vieux film de Georges A. Romero.


Guide de survie en territoire zombie, de Max Brooks (Zombie Survival Guide)
Le guide est cité dans World War Z, mais aussi dans le film Zombieland et dans True Blood (saison 2, épisode 12).


Le guide de survie a été écris par un survivant: ainsi il vaut mieux lui faire confiance, car il sait ce qu'il fait. Il y donne pleins de trucs pour survivre à une attaque de zombies. Et ses trucs ne sont pas aussi ludique qu'on pourrait le penser au premier abord. Tout y est: comment les attaquer, quelle est la meilleur arme, le meilleur moyen de transport...Encore une fois, Max Brooks possède une belle folie et bien que ce livre soit totalement inutile, vous ne pourrez de vous empêcher de dire à vos amis(es) lors de soirée mondaine: en tout cas, moi j'ai lu le Guide, alors si on se fait attaquer...Son seul point faible est qu'il ne se lit pas comme un roman. En fait, vous pouvez le lire comme tel (et faire comme moi), mais c'est un peu plate. Vaut mieux le garder comme livre de chevet et en lire des bribes, de temps à autre. Le tout sera beaucoup plus divertissant.


The Walking Dead de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard.


Avant d'être une série de télévision américaine (excellente, par ailleurs) The Walking Dead était une bande dessiné tout autant américaine, en noir et blanc. Rick Grimes, un policier du Kentucky, est plongé dans un profond comas suite à une opération policière qui tourne mal. Quand il se réveille, il est seul dans l'hôpital, complètement abandonné. Seul? Pas totalement, comme il le découvrira bien vite. Suite aux premières rencontres avec les morts-vivants, il tentera de retrouver sa femme Lori et son fils Carl. Il retrouvera bientôt sa famille dans un camps de refugiés près d'Atlanta. Avec sa famille et les autres refugiés, Rick tentera de survivre aux morts-vivants, à l'humanité qui s'effondre et à sa propre humanité.


Une phrase pourrait d'écrire The Walking Dead: quand ça va mal, c'est que ça va aller encore plus mal. Les moments de bonheur sont rares et l'humanité quittera peu à peu Rick et sa bande, les mettra en contact avec d'autres survivants pour qui survivre ne prend pas toujours le même sens...Lentement, mais surement Rick et sa bande devront s'enfoncer de plus en plus profondément dans l'horreur qui survient quand survivre devient essentiel et que le «chacun pour soit» est la règle. Comment savoir où est la ligne entre le Bien et le Mal quand vous devez tuer votre fils devenu zombie? Quand des humains vous chassent pour vous donner en spectacle contre des zombies? Comment savoir quand il n'y a plus de lois, plus d'interdit, plus de société?Pour finir, mentionnons que le récit ne pourrait pas se dérouler ailleurs qu'aux États-Unis, car dans ce monde apocalyptique, la célèbre citation de John F. Kennedy: «Ne demandez pas à votre pays ce qu'il peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays» prend tout son sens.

mardi 30 novembre 2010

Des fleurs pour Billy Milligan



Compte-rendu de Les Mille et une vie de Billy Milligan de Daniel Keyes

Quand j'avais 15 ans environ, mon père m'a conseillé de lire "Des fleurs pour Algernon", superbe roman de Daniel Keyes. J'ai braillé comme un veau et découvert un auteur dont je n'ai pas réentendu parler...jusqu'à ce que cet été je vois dans le présentoir "suggestions" de ma bibliothèque municipale son dernier livre: Les Mille et une vie de Billy Milligan. Honnêtement, la barre était haute et rien, non rien n'aurait pu m'avertir de la bombe que j'avais entres les mains.

En Ohio, dans les années 1970, la police arrête un homme que 3 femmes accusent de viol. L'homme nie farouchement, résiste à son arrestation, mais une fois au poste de police, les agents de l’ordre réalisent que quelque chose ne tourne pas rond chez le suspect. En effet, William Stanley Milligan mieux connu sous le sobriquet de Billy semble...étrange. Il cesse soudainement de parler, tombe dans un état catatonique quelques secondes puis prend une voix qui n’est pas la sienne, puis une autre...avec un accent anglais. Suite à une expertise psychiatrique, on s'aperçu que Billy souffre du symptôme de personnalité multiple...et que le vrai Billy Milligan « dort » en fait depuis 6 ans, soit le jour où il a tenté de se jeter du toit de son école et que ses personnalités ont décidé de prendre le contrôle de son corps, de sa tête, pour son bien.

Aussi incroyable de ça peut paraitre, Billy Milligan existe réellement. Le roman est basé sur des rencontres que l'auteur Daniel Keyes a fait avec le jeune homme, dans les multiples hôpitaux/prison où il a vécu. Car si Billy Milligan fut la première personne a être officiellement reconnu comme souffrant du trouble de personnalité multiple, son parcours et ceux des médecins qui ont voulu l'aider ne s'est pas fait sans heurt. Au contraire. (Pour ceux que ça intéresse, Daniel Keyes a écrit une suite à ce roman: Les Mille et une guerre de Billy Milligan, sur son parcours dans les hôpitaux psychiatriques et les prisons et sa guerre pour être reconnu officiellement comme étant atteint d’une maladie mentale).

Autant ce livre, qui relate la vie de Billy vu par ses personnalités, paraît incroyable, autant il l'est, incroyable. Billy Milligan possèderait ce qu'on appelle une mémoire absolue, ce qui lui permet de se souvenir de toutes ses vies, même celles qu'il n'a pas vécu, parce qu'il "dormait". Ce livre rappel Des fleurs pour Algernon par son plaidoyer pour un traitement adéquat des maladies mentales et se lit comme un roman policer. Il vous tiendra en haleine, vous fera vous tenir au bout de votre chaise, vous fera pleurer tant le monde semble injuste pour ce pauvre Billy. Il vous permettra de mieux connaitre cette maladie extrêmement rare qu'est le trouble de personnalités multiples et vous fera revoir votre perception du bien et du mal...Car qui est Billy Milligan? Un acteur? Un fraudeur? Un criminel? Ou un enfant maltraité par un beau-père tyrannique?

Un livre à lire, sans hésitation. Et en passant, si vous n'avez jamais lu Des fleurs pour Algernon, c'est aussi un livre à livre au plus vite.

Sauver l'humanité du péril



Compte-rendu des Gestionnaires de l'Apocalypse de Jean-Jacques Pelletier

J'adore les romans policiers et les romans d'horreur, gore, à la Patrick Sénécal et Graham Masterton. J'aime quand ça se tire dessus, quand il y a des conspirations internationales qui mettent en péril l'humanité et j'aime quand les corps explosent dans tous les sens. J'aime quand les bons gagnent à la fin, mais j'aime encore plus quand il y a des dommages collatéraux et que des bons meurent dans l'exercice de leur fonction (qui est d'être du bon côté de la force et de sauver l'humanité du péril). Des livres policer (et d'horreur), j'en ai lu une tonne avec les années. Je suis devenue hyper critique, difficile et vachement chialeuse. Violente, même. La preuve? Le roman "Pig Island" de Mo Hayder, je l'ai lancé sur le mur quand je l'ai fini. Mauvais, mauvais, mauvais. C'est dire si j'attendais la conclusion des Gestionnaires de l'Apocalypse de Jean-Jacques Pelletier avec une tonne de briques et de fanaux. J'étais prête à l'encenser et lui faire construire une statue ou à le renier et à lui jeter des mauvais sorts à l'aide d'une poupée vaudou. Finalement, tout est bien qui fini bien: j'ai a-do-ré La faim de la terre 1 et 2. Mais revenons un peu en arrière.

Les Gestionnaires de l'Apocalypse est une fresque extrêmement ambitieuse écrite par Jean-Jacques Pelletier, un professeur de philosophie du Cégep Lévis-Lauzon. La série compte 10 livres, soit:
-L'homme trafiqué, premier de la série qui relate les débuts de F., directrice de l'Institut qui-combat-les-méchants.
-La femme trop tard, l'histoire de Claudia, agente de l'Institut elle aussi
-Blunt, les treize derniers jours, aussi un agent de l'Institut

C'est trois livres sont en quelque sorte des préludes de l'histoire qui suit...Vous pouvez les lire avant, après ou jamais. Ils sont utiles à la compréhension de l'histoire, mais pas essentiels.

Ensuite, la série à proprement dite:

-La chair disparue
-L'argent du monde (2 tomes)
-Le bien des autres (2 tomes)
-La faim de la terre (2 tome)

Qu'est-ce que ça raconte? Dans le monde d'aujourd'hui, une organisation internationale (mais basée au Québec) nommé le Consortium, veut organiser la nationalisation des mafias internationales. Pourquoi? Pour faire de la gestion du crime une PME, en soit. Le Consortium met à leur disposition: vente d'organe et prostitution (réseau nommé Body Shop), de drogue (Candy Shop), de blanchissement d'argent (Safe Heaven), etc... De l’autre côté de la force se démène l’Institut, avec à sa tête F., femme énigmatique et flegmatique, Jean-Paul Hurt, inspecteur aux personnalités multiples, Blunt, joueur de Go et bien d’autres… Mais chez Jean-Jacques Pelletier, rien n’est jamais simple et chaque roman amène son lot de surprise et de rebondissement, jusqu’au dénouement final…Qui ne m’a honnêtement pas déçu.

Les points forts sont que les situations, malgré leur côté souvent improbables et invraisemblables sont tellement bien présenté qu’on y croit sans hésiter. Que la série se passe au Québec aussi permet à l’auteur d’égratigner au passage les médias (et la radio-poubelle), de traiter d’environnement sans jamais être moralisateur…et de faire ressortir toute la paranoïa de votre petite tête. On y croit, on a peur et on voit après la lecture des conspirations partout. Le tout est servi avec beaucoup d’humour noir et l’auteur ne tombe jamais, jamais dans la facilité, ce qui lui vaut toute mon admiration.

Ses points faibles sont sa longueur, qui peut en décourager plus d’un et qu’il y a tant de personnages que certains d'entres eux disparaissent trop vite et laisse derrière eux plus de questions que de réponses (je pense surtout à Ute Breytenbach). Tant de personnages aussi demandent une excellente mémoire…et une bonne capacité de lecture. Tenez vous le pour dit : ce n’est pas un livre à commencer sur une plage de Cuba : vous aurez besoin de toute votre concentration pour suivre le récit et vous rappeler qui est qui, qui fait quoi, etc. Mais l’effort en vaux la lecture, croyez moi.

Les Gestionnaires de l'Apocalypse est une série à conseiller à ceux qui croit aux conspirations internationales, qui aiment les romans d'espionnages et les descriptions bien juteuses de corps qui giclent et qui se brisent...Mais pas à ceux qui aiment les lectures « légères ».

Jean-Jacques, je vais te la constuire ta statue.