J’avais un ami. Il ne l'est plus maintenant et suite à notre rupture, je l'ai enlevé de ma liste d'amis Facebook. Je me relis et une partie de moi crie : « Big deal la grande, v’la trente cennes, va donc t’acheter une vie », mais en même temps, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi ça me semble si étrange. Si déplaisant quand j’en parle avec des amis qui, eux, sont encore « amis » avec lui / elle sur le populaire réseau social… J'aurais presque envie de leur demander de l'enlever aussi, mais je ne n'ai aucun argument. C'est d'une telle puérilité que s'en est gênant. On se croirait dans la cour d'école, au primaire. Et c'est là que ça me frappe: est-ce que ça a une réelle valeur, l’amitié Facebook?
Et si ça en avait une? À partir de combien de « J’aime » devient-on des best-friend-for-ever? À partir de quand « stalker » les photos d’une personne cesse d’être du voyeurisme pour devenir de l’admiration? Si 15 personnes me souhaitent « bonne fête » sur mon mur Facebook, mais que 6 personnes viennent à ma fête réelle, comment dois-je juger mes 9 amis Facebook qui n’étaient pas là? Et pourquoi est-ce qu’on s’obstine autant que ça avec de parfait inconnu sur des sujets qui finalement, ne nous empêchent pas de dormir? Ça te fait chier de ne pas savoir qui sera là au Festival d’été de Québec? Tu penses que tel invité d’Un souper presque parfait ne sait pas vivre? Pourquoi alors est-ce qu’une partie de moi à envie de t’obstiner? Pour te faire comprendre quelque chose? Pour que tu sois de mon bord? Ou juste parce qu’ainsi, ça prouve que j’ai raison? Pourquoi quand j’écris un statut que je trouve drôle / intriguant / triste / beau / qui demande une réponse et que personne ne me réponds, j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose? Pourquoi les gens qui "like" leur propre statut me semble si pathétique? Qui suis-je pour les juger, après tout? Notre personnalité Facebook a-t-elle une valeur? On sait que la majorité des gens n'y présentent que le meilleur d'eux-même; sommes-nous devenus des caricatures?
Et je n’entrerais pas dans le sujet des " publier ce petit chaton sur votre mur et sauver un orphelin du Malawi atteint du cancer " ou le sujet de "toutes les choses que les gens font sur Facebook qui n'ont pas d'allure", car là, je sens que je vais me fâcher.
J’ai enlevé des gens sur Facebook, car je suis une grande sensible. Je n’aime pas la chicane, j’aime ça vivre dans un monde de Cotonelle et si on pouvait tous être heureux et en amour je serais aux petits oiseaux. Dans mon monde idéal, on ferait des "cuddle puddle" au bureau pendant les pauses. Tsais. Mais il y a des gens qui me tapent royalement sur les nerfs, il y a des gens avec qui je ne peux pas m’empêcher de m’obstiner et il y a des gens qui m’ont fait de la peine. Et, bien que je ne sois pas fière de cela, j’ai plus de faciliter à dire ce que je pense dans un monde virtuel que dans un monde réel. Appeler une personne pour lui lancer ce qu'on appel "un char de marde", peu pour moi. Et si je n'ai pas toujours été poli dans les messages que j'ai envoyés dans le monde virtuel, je sais que mes paroles auraient été bien pires. Pour une fois que les écrits reste alors que la parole s'envole, pourquoi me gèner?
Alors j’enlève des gens de mon Facebook, pour ne pas, un jour que je serais : pompette / spm / déprimé / inspiré, leur péter une coche. Je les protège ainsi de ma furie, de mon désir de justice et de respect mutuel. Car à mes yeux, garder une rancune contre un ami, mais ne jamais lui en glisser un mot, ce n'est pas une marque de respect. Je suis comme un homme: on va se le dire, on va se tapocher et après on prendra une bière et on écoutera le hockey en se grattant la poche. Mais je suis une femme et ça ne se passe jamais ainsi. Je veux tout faire pour éviter les mélodrames, mais paradoxalement, j'en créé. Alors j'enlève les gens de mon Facebook. Bien que je vive dans un monde féérique et parfois imaginaire, j'apprends de mes erreurs. J'évite maintenant les règlements de compte sur Facebook.
Car pour en avoir vécu, je sais qu’une tragédie Facebook, c’est pire que du Shakespeare. Et c’est souvent très mal écrit.
dimanche 14 avril 2013
mercredi 19 décembre 2012
L’Anémone
En serrant les dents, ça va passer. Il vient un moment où le corps oubli qu’il a mal, il passe à autre chose, il se tanne: c’est comme tout. Elle va endurer encore un peu la souffrance qu’elle s’inflige, qu’elle fait subir à son corps défendant et après ce sera fini. Anne pourra se relever et retourner travailler, boire un verre avec un homme beau et bon qui lui susurrera des paroles douces dans le creux de l’oreille. Tu es belle, tu es incroyable, la courbe de tes seins est comme un poème…Yeah right.
Plus loin d’elle, comme si la personne était dans une autre pièce, Anne entend cogner. De petit coup, toc toc toc, comme si on voulait entrer alors qu’ici tout ce qu’on fait c’est sortir. On expulse, on pousse, on tire, on crie aussi parfois : toujours des enfants mort. Anne espère que le sien l’est déjà. Au fond, elle espère qu’il ne souffre pas trop. Après tout ce n’est pas de sa faute : il n’a pas demandé à venir au monde. Il est là, il dérange et s’il avait eu le choix, il serait allé voir ailleurs s’il y était. Des femmes tueraient pour donner la vie, Anne le sait. Elle les voit parfois dehors devant le bureau de l’Anémone criant comme des folles le droit des femmes de ne pas disposer de leur corps. L’autre jour, une enragée lui a craché dessus. Anne à montrer ses dents et la furie n’a pas recommencée. Une autre manifestante a hurlé : « Arrière, démone!» Anne a rit jaune. Puis elle a murmuré à la femme, qui s’accrochait à sa pancarte comme à une planche de salut, des paroles incriminant son mari libidineux et celle-ci a hurlé de plus belle. C’est qu’Anne si connait en mari libertin. Mais elle est vite entrée : elle avait rendez-vous.
Au commencement, il faut se coucher sur une planche de bois soutenue par deux équerres qui sert de lit et de table, puisque l'Anémone a faim parfois. Comme il est de mise de se dévêtir et de ne porter qu’une fine robe en lin blanc tâchée de la douleur des autres, il fait froid. Il faut mettre les pieds dans des étriers et écarter les jambes jusqu’à ce que ça fasse mal. Ensuite, l’Anémone dilate l’utérus avec des branches, Anne ne sait pas trop de qu’elle arbre il s’agit, peut-être de la mandragore. Ensuite elle dit de dormir et c’est dur, car l’entrejambes tiraille, ça fait mal. Le lendemain elle entre ses doigts dans le corps de la femme et elle y glisse des produits qui sentent forts, un mélange de gin et de moutarde. Ensuite il faut attendre encore quelques heures puis elle entre des morceaux de métal, des tiges qu’elle agite dans tous les sens pour faire sortir le fœtus. Parfois elle ne réussit pas et l’enfant reste là. Il faut la payer quand même et on raconte que des femmes ont mises au monde des bébés aux yeux crevés qui sentaient le gin et la moutarde. Anne n’aime pas cela, mais elle le fait pour l’Anémone : il faut bien la nourrir.
Soudainement, les deux femmes entendent un cri primal venant du ventre d’Anne. L’Anémone suspend alors son geste et attend un peu avant de reprendre avec des gestes rapides, froids, distants. Elle est habituée: ça crie toujours un peu les bébés quand on les contrarie.
Plus loin d’elle, comme si la personne était dans une autre pièce, Anne entend cogner. De petit coup, toc toc toc, comme si on voulait entrer alors qu’ici tout ce qu’on fait c’est sortir. On expulse, on pousse, on tire, on crie aussi parfois : toujours des enfants mort. Anne espère que le sien l’est déjà. Au fond, elle espère qu’il ne souffre pas trop. Après tout ce n’est pas de sa faute : il n’a pas demandé à venir au monde. Il est là, il dérange et s’il avait eu le choix, il serait allé voir ailleurs s’il y était. Des femmes tueraient pour donner la vie, Anne le sait. Elle les voit parfois dehors devant le bureau de l’Anémone criant comme des folles le droit des femmes de ne pas disposer de leur corps. L’autre jour, une enragée lui a craché dessus. Anne à montrer ses dents et la furie n’a pas recommencée. Une autre manifestante a hurlé : « Arrière, démone!» Anne a rit jaune. Puis elle a murmuré à la femme, qui s’accrochait à sa pancarte comme à une planche de salut, des paroles incriminant son mari libidineux et celle-ci a hurlé de plus belle. C’est qu’Anne si connait en mari libertin. Mais elle est vite entrée : elle avait rendez-vous.
Au commencement, il faut se coucher sur une planche de bois soutenue par deux équerres qui sert de lit et de table, puisque l'Anémone a faim parfois. Comme il est de mise de se dévêtir et de ne porter qu’une fine robe en lin blanc tâchée de la douleur des autres, il fait froid. Il faut mettre les pieds dans des étriers et écarter les jambes jusqu’à ce que ça fasse mal. Ensuite, l’Anémone dilate l’utérus avec des branches, Anne ne sait pas trop de qu’elle arbre il s’agit, peut-être de la mandragore. Ensuite elle dit de dormir et c’est dur, car l’entrejambes tiraille, ça fait mal. Le lendemain elle entre ses doigts dans le corps de la femme et elle y glisse des produits qui sentent forts, un mélange de gin et de moutarde. Ensuite il faut attendre encore quelques heures puis elle entre des morceaux de métal, des tiges qu’elle agite dans tous les sens pour faire sortir le fœtus. Parfois elle ne réussit pas et l’enfant reste là. Il faut la payer quand même et on raconte que des femmes ont mises au monde des bébés aux yeux crevés qui sentaient le gin et la moutarde. Anne n’aime pas cela, mais elle le fait pour l’Anémone : il faut bien la nourrir.
Soudainement, les deux femmes entendent un cri primal venant du ventre d’Anne. L’Anémone suspend alors son geste et attend un peu avant de reprendre avec des gestes rapides, froids, distants. Elle est habituée: ça crie toujours un peu les bébés quand on les contrarie.
Le garçon qui avait vu l’ours
Dave m’avait dit que je pouvais lui faire confiance, que tout irait comme sur des chapeaux de roue et de me fier à lui comme à la prunelle de ses yeux. Il m’a dit : «T’inquiètes, je le sais de source sûre, je suis au courant de tout, il n’y a pas plus fiable que moi, j’ai fais ça des tonnes de fois». Il a aussi dit que j’étais son meilleur ami et qu’ensemble on le ferait. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu et Dave m’a menti. Dave m’a trahi. Et pour ça, il doit mourir.
Moi et Dave nous sommes connus au terrain de jeu, quand nous étions tout petits. Déjà, il était celui qui mène, celui qui décide si on joue à la tag, à la cachette ou tout simplement dans le bateau de pirate. Que d’aventures avons-nous vécu dans cette fameuse structure, nous prenant tour à tour pour des flibustiers au langage coloré ou pour des soldats de la couronne Britannique défendant notre chère patrie! Souvent j’allais souper chez Dave et ses parents nous cuisinaient des hot-dog vapeurs moutardes-choux, puis je rentrais chez moi pour prendre mon bain et me coucher, impatient d’être rendu au lendemain matin pour revoir Dave et toute la bande du terrain de jeu. Il était mon meilleur ami, il était mon confident, il était mon idole. Il était mon amour.
Les années ont passées et bientôt, nous allâmes au terrain de jeu en soirée seulement pour boire de la bière cheap aux slogans racoleurs et pour y fumer de la marijuana. Parfois Dave prenait du speed et se mettait à parler sans arrêt, racontant milles fois telles aventures qu’il avait vécu et qui le mettait en valeur. Nous autres, l’esprit embrumé par l’herbe, nous l’écoutions sans rien dire, riant parfois d’une blague salace, grimaçant devant l’adversité. Nous l’écoutions religieusement, comme si c’était notre prophète et nous pensions en cachette que nous aurions pu vendre notre grand-mère en croquettes pour avoir une once de sa verve et de son leadership. Dave était notre roi, Dave était notre lumière. Sans Dave nous étions perdus : moi, surtout.
Dave connaissait tout plein de gens, de lieux, de rumeurs : mon père un jour m’avait dit en riant que Dave était comme l’homme qui a vu l’ours : il savait tout et rien à la fois. Mes parents ne comprenaient manifestement pas l’intérêt que je portais à Dave, mais moi je m’en foutais : leur opinion était la dernière chose qui m’importait. Elle l'est encore.
La première fois, avec Dave, nous étions dans ma chambre. Mes murs étaient tapissés d’affiches de femmes peu vêtues et de photos de groupes de musique hard-métal. Mes parents étant sortis pour la soirée, moi et Dave avions commandé de la pizza et regardé un film pornographique que Dave avait apporté avec lui. Ce n’est que plus tard que nous nous sommes masturbés. C’était la première fois que je me caressais en présence d’une autre personne et que cette personne soit Dave ne me dérangeait pas. Je n’y voyais aucun inconvénient, il me semblait au contraire que de partager ce moment nous rapprochait.
Plus tard dans la soirée, Dave a fumé une cigarette et m’a parlé d’une amie de son frère, Julie. Le frère de Dave connaissait plein de filles, toutes plus belles les unes que les autres et Julie, m’expliqua Dave, serait prête à coucher avec nous deux. «Pas en même temps! Dit-il en explosant de rire. Mais quand même…facque si ça te tente, on pourrait faire ça samedi prochain.» Julie était une vraie salope, me disait Dave, lui-même l’ayant culbuté quelques fois. Il se mit à me raconter des histoires grivoises où il était question de lui, d’orgie avec Julie et avec d’autres filles dont les prénoms finissaient en «i», de foutres, de bières et de lesbiennes en chaleurs. Nous finirent par nous endormirent, rêvant à des femmes aux gros seins
Le samedi suivant, nous étions chez Julie, une bière à la main. Du haut de mes 15 ans je n’en menais pas large et quand Dave me poussa du coude en disant : «Va-z-y en premier, c’est ta première fois non?» je me suis levé comme un ressort, les jambes tremblantes. Je suis allé dans la chambre où Julie m’attendait et j’ai expédié vite fait bien fait. Qu’elle ait eu du plaisir, j’en doute fort : même moi, je ne peux pas dire que j’y ai réellement passé un agréable moment. Mais Dave me l’avait offert et je ne voulais pas le décevoir. Quand il sortit de la chambre après y être allé à son tour, Dave s’est allumé une cigarette et a juré gros comme le bras. J'en ai conclu qu’il avait aimé son expérience.
Plusieurs semaines plus tard, nous étions étendus dans ma chambre, sur mon lit. Mes parents écoutaient la télévision dans le salon et pensaient que nous jouions à un jeu vidéo; la vérité était tout autre. La fenêtre de ma chambre était ouverte pour laisser sortir la fumée pendant que nous fumions des joints de marijuana en écoutants du death metal. Dave parlait et moi je l’écoutais, comme d’habitude. Dave disait qu’il voulait retourner chez Julie pour la baiser par tous les trous qu’elle avait sur le corps quand je l’ai interrompu. «Dave, ai-je dit, as-tu déjà couché avec un gars?» Dave ne parla pas pendant plusieurs secondes, puis, il répondit : «Bien sur. Pas toi?» Je repris une bouffé de joint.
Nous eûmes bientôt 20 ans et nous étions toujours aussi proche : mes parents blaguaient souvent, disant qu’on ne nous voyait jamais l’un sans l’autre. Et c’était bien vrai : si Dave prenait de la drogue, j’en prenais. Si Dave avait une blonde, j’en avais une moi aussi. Si Dave disait que la côte de bœuf d’un tel restaurant était excellente, j’en commandais une, malgré le fait que je n’aime pas la viande rouge. Alors quand Dave m’a dit qu’il avait été dans un sauna gai, j’ai ouvert toutes grandes mes oreilles.
Dave me parla de ce qu’on pouvait faire dans ce genre d’endroit…Il me vanta longuement le mérite des glory hole, disant qu’il avait essayé et que c’était tout simplement fabuleux. «Mais il ne faut pas mettre de condom, disait-il, ça coupe toutes les sensations…En tout cas, moi, j’en ai jamais mis et je n’ai jamais rien pogné! T’sais le sida pis toute…Ce n’est pas si dangereux que ça.» La semaine suivante, je traversais la porte du sauna.
Plusieurs mois plus tard, je suis allé (seul, cette fois) en consultation chez mon médecin de famille. Puisque je le connaissais depuis très longtemps, je n’ai pas hésité outre mesure à répondre à ses questions concernant ma vie sexuelle. Outre mon expérience dans un sauna gai, j’avais également fréquenté quelques filles, mais rien de très important. Quand il a froncé les sourcils et m’a recommandé de faire un test de dépistage du VIH, je n’ai pas été angoissé du tout. J’avais plus confiance en Dave qu’en mon propre docteur. On est si con, parfois.
Car 3 semaines plus tard, dans le bureau de mon médecin, j’ai pris conscience du sang qui coulait dans mes veines.
Alors ce soir, j’ai invité Dave à la maison. J’ai acheté de la bière, j’ai roulé des joints, j’ai loué deux films pornographiques avec des femmes aux grosses boules, comme il les aime. Et quand il sera assez chaud et assez gelé, je lui proposerais de baiser ensemble, sans condom. Juste pour voir. Parce qu'on est des chums. Ne partageons-nous pas tout entre nous? Il n'a pas à avoir peur. Jamais je ne lui ferais de mal.
Je l'aime tellement.
Moi et Dave nous sommes connus au terrain de jeu, quand nous étions tout petits. Déjà, il était celui qui mène, celui qui décide si on joue à la tag, à la cachette ou tout simplement dans le bateau de pirate. Que d’aventures avons-nous vécu dans cette fameuse structure, nous prenant tour à tour pour des flibustiers au langage coloré ou pour des soldats de la couronne Britannique défendant notre chère patrie! Souvent j’allais souper chez Dave et ses parents nous cuisinaient des hot-dog vapeurs moutardes-choux, puis je rentrais chez moi pour prendre mon bain et me coucher, impatient d’être rendu au lendemain matin pour revoir Dave et toute la bande du terrain de jeu. Il était mon meilleur ami, il était mon confident, il était mon idole. Il était mon amour.
Les années ont passées et bientôt, nous allâmes au terrain de jeu en soirée seulement pour boire de la bière cheap aux slogans racoleurs et pour y fumer de la marijuana. Parfois Dave prenait du speed et se mettait à parler sans arrêt, racontant milles fois telles aventures qu’il avait vécu et qui le mettait en valeur. Nous autres, l’esprit embrumé par l’herbe, nous l’écoutions sans rien dire, riant parfois d’une blague salace, grimaçant devant l’adversité. Nous l’écoutions religieusement, comme si c’était notre prophète et nous pensions en cachette que nous aurions pu vendre notre grand-mère en croquettes pour avoir une once de sa verve et de son leadership. Dave était notre roi, Dave était notre lumière. Sans Dave nous étions perdus : moi, surtout.
Dave connaissait tout plein de gens, de lieux, de rumeurs : mon père un jour m’avait dit en riant que Dave était comme l’homme qui a vu l’ours : il savait tout et rien à la fois. Mes parents ne comprenaient manifestement pas l’intérêt que je portais à Dave, mais moi je m’en foutais : leur opinion était la dernière chose qui m’importait. Elle l'est encore.
La première fois, avec Dave, nous étions dans ma chambre. Mes murs étaient tapissés d’affiches de femmes peu vêtues et de photos de groupes de musique hard-métal. Mes parents étant sortis pour la soirée, moi et Dave avions commandé de la pizza et regardé un film pornographique que Dave avait apporté avec lui. Ce n’est que plus tard que nous nous sommes masturbés. C’était la première fois que je me caressais en présence d’une autre personne et que cette personne soit Dave ne me dérangeait pas. Je n’y voyais aucun inconvénient, il me semblait au contraire que de partager ce moment nous rapprochait.
Plus tard dans la soirée, Dave a fumé une cigarette et m’a parlé d’une amie de son frère, Julie. Le frère de Dave connaissait plein de filles, toutes plus belles les unes que les autres et Julie, m’expliqua Dave, serait prête à coucher avec nous deux. «Pas en même temps! Dit-il en explosant de rire. Mais quand même…facque si ça te tente, on pourrait faire ça samedi prochain.» Julie était une vraie salope, me disait Dave, lui-même l’ayant culbuté quelques fois. Il se mit à me raconter des histoires grivoises où il était question de lui, d’orgie avec Julie et avec d’autres filles dont les prénoms finissaient en «i», de foutres, de bières et de lesbiennes en chaleurs. Nous finirent par nous endormirent, rêvant à des femmes aux gros seins
Le samedi suivant, nous étions chez Julie, une bière à la main. Du haut de mes 15 ans je n’en menais pas large et quand Dave me poussa du coude en disant : «Va-z-y en premier, c’est ta première fois non?» je me suis levé comme un ressort, les jambes tremblantes. Je suis allé dans la chambre où Julie m’attendait et j’ai expédié vite fait bien fait. Qu’elle ait eu du plaisir, j’en doute fort : même moi, je ne peux pas dire que j’y ai réellement passé un agréable moment. Mais Dave me l’avait offert et je ne voulais pas le décevoir. Quand il sortit de la chambre après y être allé à son tour, Dave s’est allumé une cigarette et a juré gros comme le bras. J'en ai conclu qu’il avait aimé son expérience.
Plusieurs semaines plus tard, nous étions étendus dans ma chambre, sur mon lit. Mes parents écoutaient la télévision dans le salon et pensaient que nous jouions à un jeu vidéo; la vérité était tout autre. La fenêtre de ma chambre était ouverte pour laisser sortir la fumée pendant que nous fumions des joints de marijuana en écoutants du death metal. Dave parlait et moi je l’écoutais, comme d’habitude. Dave disait qu’il voulait retourner chez Julie pour la baiser par tous les trous qu’elle avait sur le corps quand je l’ai interrompu. «Dave, ai-je dit, as-tu déjà couché avec un gars?» Dave ne parla pas pendant plusieurs secondes, puis, il répondit : «Bien sur. Pas toi?» Je repris une bouffé de joint.
Nous eûmes bientôt 20 ans et nous étions toujours aussi proche : mes parents blaguaient souvent, disant qu’on ne nous voyait jamais l’un sans l’autre. Et c’était bien vrai : si Dave prenait de la drogue, j’en prenais. Si Dave avait une blonde, j’en avais une moi aussi. Si Dave disait que la côte de bœuf d’un tel restaurant était excellente, j’en commandais une, malgré le fait que je n’aime pas la viande rouge. Alors quand Dave m’a dit qu’il avait été dans un sauna gai, j’ai ouvert toutes grandes mes oreilles.
Dave me parla de ce qu’on pouvait faire dans ce genre d’endroit…Il me vanta longuement le mérite des glory hole, disant qu’il avait essayé et que c’était tout simplement fabuleux. «Mais il ne faut pas mettre de condom, disait-il, ça coupe toutes les sensations…En tout cas, moi, j’en ai jamais mis et je n’ai jamais rien pogné! T’sais le sida pis toute…Ce n’est pas si dangereux que ça.» La semaine suivante, je traversais la porte du sauna.
Plusieurs mois plus tard, je suis allé (seul, cette fois) en consultation chez mon médecin de famille. Puisque je le connaissais depuis très longtemps, je n’ai pas hésité outre mesure à répondre à ses questions concernant ma vie sexuelle. Outre mon expérience dans un sauna gai, j’avais également fréquenté quelques filles, mais rien de très important. Quand il a froncé les sourcils et m’a recommandé de faire un test de dépistage du VIH, je n’ai pas été angoissé du tout. J’avais plus confiance en Dave qu’en mon propre docteur. On est si con, parfois.
Car 3 semaines plus tard, dans le bureau de mon médecin, j’ai pris conscience du sang qui coulait dans mes veines.
Alors ce soir, j’ai invité Dave à la maison. J’ai acheté de la bière, j’ai roulé des joints, j’ai loué deux films pornographiques avec des femmes aux grosses boules, comme il les aime. Et quand il sera assez chaud et assez gelé, je lui proposerais de baiser ensemble, sans condom. Juste pour voir. Parce qu'on est des chums. Ne partageons-nous pas tout entre nous? Il n'a pas à avoir peur. Jamais je ne lui ferais de mal.
Je l'aime tellement.
Comment j’ai adopté deux petits monstres et diminué mon stress au quotidien
Au travail, le Comité de santé et de sécurité a lancé un concours. On pouvait écrire un texte de maximum 20 lignes sur la gestion de notre stress et gagner un prix. Alors j'ai écris sur ma thérapie quotidienne avec les fufus. Pour l'instant, je fais partie des 3 finalistes...et j'ai gagné un certificat cadeau dans un spa! Merci les fafouettes! Voici le texte:
Puisque je suis une personne hyper-stressée (je dirais même
über-stressé, mais je suis anxieuse à l’idée d’être définitivement out), je dois trouver des outils pour me
calmer au quotidien. Puisque prendre 15 bains par jour est anti-écologique,
j’ai opté pour une méthode 100% naturelle : la furethérapie. Cette méthode
n’est pas sans risque : je suis parfois griffé, mordillé, boudé, négligé,
attaqué et on me dort dans la figure 20 heures par jour. Mais je suis toujours
amusé, aimé, adulé, embrassé, cajolé et émerveillé par eux. Deux petits
monstres qui ressemblent à des filets de porc, deux petites tornades qui
courent et cachent mes clés, mes patates et mon portefeuille, deux petits
furets qui bien qu’ils soient parfois épuisants, me font rire et m’aide à
lâcher prise pendant une heure ou deux, chaque jour. Et ça, c’est le meilleur
remède que je connaisse contre le stress.
jeudi 4 août 2011
Le monstre sous le lit: critique de Ça de Stephen King
En octobre 1957, le petit George joue dans les rues de la ville fictive de Derry, dans le Maine, avec le bateau en papier que son grand frère Bill lui a fabriqué. Quand son bateau tombe dans une bouche d'égout, George se penche pour le ramasser et aperçoit un clown, dans l'égout. Le clown lui propose tout naturellement de lui redonner son bateau, il n'a qu'à tendre le bras...bras que le clown arrache, le tuant sur le coup. Ce meurtre ne sera pas le premier ni le dernier à survenir à Derry où à tous les 27 ans, une force semble se déployer et mettre à morts plusieurs personnes individuellement avant de massacrer une grande partie de la population. Toujours de terribles et malheureux accidents, pendant lesquels les habitants de la ville semble perdent la tête. Pendant l'été 1957 Eddie, Stan, Mike, Ben, Richie et Bev suivront donc leur ami et meneur le Grand Bill à la recherche de ce monstre qui vit dans les égouts et qui semble être la cause de tous ces meurtres. Ne réussissant pas à le tuer, ils se feront une promesse: revenir à Derry si Ça revient.
En 1984, seul Mike vit encore à Derry. Les autres, devenus adultes, sont éparpillés un peu partout dans le monde. Mais un jour, Mike les appels un à un pour leur rappeler leur promesse faite il y a 27 ans quand ils étaient enfants: Ça est revenu. Et cette fois-ci, ils devront l'arrêter pour de bon.
Ça c’est d'abord un roman sur les peurs de l'enfance et sur le pouvoir que peut avoir l'imaginaire. C'est aussi un roman qui traite des différences entre le monde de l'enfance et celui de la vie adulte. Il traite aussi de comment les parents peuvent abandonner leur progéniture aux monstres qui se cachent sous le lit. Car les adultes de Derry ne semblent pas réagir comme des parents «normaux» dans une ville où les enfants sont trucidés et dans la bande de Bill, seul Mike à une famille «normal». Bev est battu par son père qui voit sa prochaine puberté comme une catastrophe, les parents de Bill ne s'occupe plus de lui depuis que son frère est mort, la mère de Ben le suralimente et la mère d'Eddie souffre du syndrome de Münchhausen par procuration. Ça traite aussi du Mal, comme rarement un auteur y est parvenu; car ce Mal est imprégné dans la ville de Derry. Les massacres cycliques en sont un bon exemple. Lire ce roman est une expérience terrifiante tant les crimes sont odieux et les massacres influencés par Ça sanglants et détaillés. Mais pour tous amateurs d'horreur et de fantastique qui se respecte, ce roman est un classique.
Son seul et unique défaut est qu'après, que lire? J'ai déjà fais l'expérience de tout lire d'un coup les œuvres d'un auteur (il s'agissait d'Henning Mankel et de sa série avec l'inspecteur Wallander), mais l'expérience m'avait laissé un goût amer... Aussi bien me tranquilliser un peu et attendre avant de lire Le Dôme (Under the Dome) son petit dernier...quitte à trouver toutes mes lectures insipides et indigestes.
Lire de l'horreur amène un tel niveau d'adrénaline qu'après, j'en veux encore et encore...
mercredi 3 août 2011
Comment détruire les rêves d'une petite fille en trois étapes faciles
J'ai déjà écris ici que je voulais devenir Duchesse du Carnaval, sirène et Fée des glaces quand j'étais toute petite. J'ai aussi dis que j'avais été Fée des glaces et ruiné les rêves d'une petite fille par la même occasion. Je tiens à préciser que je n'ai jamais fais exprès. Voici comment c'est arrivé.
Je travaillais à contrat pour un organisme communautaire et un beau midi de novembre, alors que les responsables parlaient du party de noël de l'organisme, moi et ma grande gueule avons dit oui. Oui à : pourquoi ne pas interpréter la Fée des glaces puisque le Père Noël y sera. Lui fallait bien une p’tite dame. Comme j'ai les cheveux longs et une robe blanche portée à ma graduation (jamais remise) je ferais une excellente Fée des glaces et en plus c'est mon rêve d'enfance ahahaha.
Yeah right.
Le jour dit, je me présente à la fête et tout va comme sur des roulettes. La fête à lieu dans un club de golf, il fait beau, neige un peu et en grande adolescente j'y suis reconduite par mon père: pas moyen de me sauver de la fête ce qui est moins drôle. Mais je me lie d'amitié avec quelques gens : tout va bien. Quand c'est l'heure des cadeaux je vais me changer en fée dans les toilettes, je sors dehors et moi et le Père Noël montons dans une carriole tirée par un cheval. Le gros luxe et la petite fille en moi ne se peut plus. Les rideaux de la grande salle sont tirés, les enfants ont le nez collés dans la baie vitré, on voit leurs lèvres bouger: C'EST LE PÈRE NOËL-ET C'EST QUI ELLE? LA FÉE DES GLACES LA FÉE DES GLACES LA FÉE DES GLACES!!! Je suis belle, je brille de milles feux avec ma belle robe blanche et les enfants croient que je suis une fée venu du pôle nord pour leur donner des cadeaux. C'est mon heure de gloire. Un rêve se réalise. J'ai envie de pleurer de joie.
Moi et le Père Noël on entre, on donne les cadeaux, beaucoup de bisous et avant de repartir, une petite fille me regarde. Elle est belle comme un cœur et si elle est là, c'est qu'elle a du vécu et pas que du beau. Elle me dit: Es tu vraiment la Fée des glaces? Ben oui, je lui dis avec mon plus beau sourire (vous avais-je dit que c'était mon rêve d'enfance?). La vrai Fée des glaces? La vrai de vrai, ma belle. Alors elle me fait un MÉGA câlin. Moi je repars dehors en envoyant la main, le cœur gros comme ça de bonheur.
On rentre par une porte dérobée, je glousse comme une petite fille, quelle belle expérience! Le Père Noël et moi mettons fin à notre liaison extraconjugale et je reprends place dans la salle, après avoir revêtue mes vêtements à moi.
C'est dans la salle que ça me frappe.
Les enfants, tous excités par les cadeaux, courent partout et donnent aux adultes des bonbons pris sur les tables; parmi eux, ma petite fille. Celle qui croyait tant que j'étais la Fée des glaces, la VRAI Fée des glaces avec le VRAI Père Noël. Mais le vrai Père Noël, il avait un costume, une tuque, des lunettes et une barbe. Moi j'avais une robe, une mini cape et un diadème. Disons que sans la robe et les accessoires, je ressemble pas mal...à la vraie Fée des glaces. J’ai la même face. Oh oh. Il ne faut surtout pas qu'elle me voit.
Elle est passée deux fois devant moi en courant, sans rien voir. Moi je regardais ailleurs, mais soudain j'ai été trahi par mes cheveux. Elle s'est arrêté, à écartelé les yeux et s'est écrié: Hoooonnn!! Tu n’es même pas la VRAI Fée des glaces!!!
Comme une conne, je n'ai rien trouvé de mieux à lui répondre que: ben non.
Après j'en ai eu pour des heures à expliquer à plusieurs petites filles pourquoi j'avais menti, puisque mentir ce n'est pas beau et le Père Noël, ce n'était pas le vrai? Et...Et...
La plus longue après-midi de ma vie.
Alors pour la sirène et la Duchesse, je laisse ça à d'autres: je pourrais aussi bien me noyer ou vomir dans le costume de bonhomme Carnaval avec la chance que j'ai.
Et quand j'aurais une petite fille (ou un petit garçon) ils ne croiront pas à ces balivernes; ainsi aucune grande adolescente pogné dans sa robe de graduation à qui on avait demandé d'être la Fée des glaces parce qu'elle avait de si beau cheveux ne pourra briser leur rêve.
Je travaillais à contrat pour un organisme communautaire et un beau midi de novembre, alors que les responsables parlaient du party de noël de l'organisme, moi et ma grande gueule avons dit oui. Oui à : pourquoi ne pas interpréter la Fée des glaces puisque le Père Noël y sera. Lui fallait bien une p’tite dame. Comme j'ai les cheveux longs et une robe blanche portée à ma graduation (jamais remise) je ferais une excellente Fée des glaces et en plus c'est mon rêve d'enfance ahahaha.
Yeah right.
Le jour dit, je me présente à la fête et tout va comme sur des roulettes. La fête à lieu dans un club de golf, il fait beau, neige un peu et en grande adolescente j'y suis reconduite par mon père: pas moyen de me sauver de la fête ce qui est moins drôle. Mais je me lie d'amitié avec quelques gens : tout va bien. Quand c'est l'heure des cadeaux je vais me changer en fée dans les toilettes, je sors dehors et moi et le Père Noël montons dans une carriole tirée par un cheval. Le gros luxe et la petite fille en moi ne se peut plus. Les rideaux de la grande salle sont tirés, les enfants ont le nez collés dans la baie vitré, on voit leurs lèvres bouger: C'EST LE PÈRE NOËL-ET C'EST QUI ELLE? LA FÉE DES GLACES LA FÉE DES GLACES LA FÉE DES GLACES!!! Je suis belle, je brille de milles feux avec ma belle robe blanche et les enfants croient que je suis une fée venu du pôle nord pour leur donner des cadeaux. C'est mon heure de gloire. Un rêve se réalise. J'ai envie de pleurer de joie.
Moi et le Père Noël on entre, on donne les cadeaux, beaucoup de bisous et avant de repartir, une petite fille me regarde. Elle est belle comme un cœur et si elle est là, c'est qu'elle a du vécu et pas que du beau. Elle me dit: Es tu vraiment la Fée des glaces? Ben oui, je lui dis avec mon plus beau sourire (vous avais-je dit que c'était mon rêve d'enfance?). La vrai Fée des glaces? La vrai de vrai, ma belle. Alors elle me fait un MÉGA câlin. Moi je repars dehors en envoyant la main, le cœur gros comme ça de bonheur.
On rentre par une porte dérobée, je glousse comme une petite fille, quelle belle expérience! Le Père Noël et moi mettons fin à notre liaison extraconjugale et je reprends place dans la salle, après avoir revêtue mes vêtements à moi.
C'est dans la salle que ça me frappe.
Les enfants, tous excités par les cadeaux, courent partout et donnent aux adultes des bonbons pris sur les tables; parmi eux, ma petite fille. Celle qui croyait tant que j'étais la Fée des glaces, la VRAI Fée des glaces avec le VRAI Père Noël. Mais le vrai Père Noël, il avait un costume, une tuque, des lunettes et une barbe. Moi j'avais une robe, une mini cape et un diadème. Disons que sans la robe et les accessoires, je ressemble pas mal...à la vraie Fée des glaces. J’ai la même face. Oh oh. Il ne faut surtout pas qu'elle me voit.
Elle est passée deux fois devant moi en courant, sans rien voir. Moi je regardais ailleurs, mais soudain j'ai été trahi par mes cheveux. Elle s'est arrêté, à écartelé les yeux et s'est écrié: Hoooonnn!! Tu n’es même pas la VRAI Fée des glaces!!!
Comme une conne, je n'ai rien trouvé de mieux à lui répondre que: ben non.
Après j'en ai eu pour des heures à expliquer à plusieurs petites filles pourquoi j'avais menti, puisque mentir ce n'est pas beau et le Père Noël, ce n'était pas le vrai? Et...Et...
La plus longue après-midi de ma vie.
Alors pour la sirène et la Duchesse, je laisse ça à d'autres: je pourrais aussi bien me noyer ou vomir dans le costume de bonhomme Carnaval avec la chance que j'ai.
Et quand j'aurais une petite fille (ou un petit garçon) ils ne croiront pas à ces balivernes; ainsi aucune grande adolescente pogné dans sa robe de graduation à qui on avait demandé d'être la Fée des glaces parce qu'elle avait de si beau cheveux ne pourra briser leur rêve.
Les hommes qui peignent sont dangereux: critique de Duma Key de Stephen King

Il y avait très longtemps que je n'avais pas lu de Stephen King. J'avais développé un préjugé défavorable face à son œuvre, préjugé dont je ne souviens plus la cause. En fait, l'explication la plus plausible est que j'étais adolescente et que je me révoltais contre ce qui était populaire. Enfin. Ce printemps, je travaillais dans une librairie et en marchant dans les allées j'ai aperçue la couverture très rose et très Florida de Duma Key. Un rapide coup d'œil sur le Web me permit de lire plusieurs critiques forts favorables. Il n'en fallut pas moins pour me convaincre que l'heure de la réconciliation entre moi et le King avait sonné; je suis comme ça moi, je n'aime pas la chicane.
Duma Key raconte l'histoire d'un homme, Edgar Freemantle, qui survit à un accident sur un chantier de construction. Il perd son bras droit et devient partiellement amnésique et aphasique; sa nouvelle condition le rend extrêmement colérique et sa femme demande rapidement le divorce, tant il la terrifie. Edgar pense alors au suicide, mais son docteur, le psychiatre Karmen, lui propose plutôt de prendre une année à lui pour faire une activité qu'il aime; après quoi il pourra revenir sur sa décision. Edgar décide donc de quitter le Minnesota pour les Key's de la Floride où il loue une charmante maison, toute rose, sur l'île de Duma. L'île est presque déserte et appartient à une vieille dame, Elizabeth Eastlake, dont s'occupe un ancien avocat nommé Wireman. Bien vite, les trois éclopés (Elizabeth souffre d'Alzheimer et Wireman de migraines constantes) vont devenir amis.
Edgar, qui dessinait quand il était jeune, considère alors que la vue de Big Pink (sa maison de location) sur le Golf du Mexique est trop belle et commence à peindre le coucher de soleil, comme son docteur lui a recommandé. Rapidement, ses toiles impressionnent Wireman et la fille d'Edgar, tant elles sont surréalistes et exceptionnelles. Mais Edgar, qui peint en transe, sent de plus en plus de picotements dans son bras manquant et remarque un élément terrifiant: ces toiles prédisent l'avenir, guérissent la maladie...Et une force émane de l'île et c'est cette force qui l'anime. Or, un tel pouvoir ne vient jamais seul.
Ce que j'aime chez King, c'est son souci du détail et sa pertinence: rien n'est laissé au hasard, rien n'arrive pour rien. Il faut être attentif aux petits détails, car c'est dans ceux-ci que se cache l'horreur. Un excellent roman fantastique, par le maître incontesté du genre, qui démontre tout le pouvoir de la création.
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