À mon papa, chasseur d’alligator…
Les débris d’un souper bien arrosé trônaient sur la table : 2 verres de vins tâchés de rouge, une corbeille où subsistait une tranche de pain séchée et 3 assiettes qui contenaient les vestiges d’un délicieux rôti de bœuf. Maude, 7 ans, rayonnait : le samedi soir elle avait ses parents pour elle toute seule. Ces derniers étaient cordonniers et travaillaient tout le temps. Quand ils revenaient le soir de leur travail, la lune était en pyjama. De plus, papa Noël avait laissé sous le sapin une petite sœur 2 ans plus tôt et Maude trouvait que cette dernière prenait beaucoup trop de place dans le cœur de sa maman. Mais ce soir, Mimi dormait et Maude en temps que grande sœur pouvait se mettre au lit plus tard et veiller ainsi avec papa et maman. Rien n’aurait pu la rendre plus heureuse, sauf peut-être quelques biscuits aux chocolats qu’elle ferait tremper dans sa coupe de lait.
Soudainement, maman cessa de rire et le silence autour de la table devint bruyant. Papa regarda Maude et lui dit, gravement :
-Ma pitchounette, est-ce que tu savais que papa garde un alligator dans le sous-sol?
Maude se mit à rire et regarda sa mère, mais celle-ci ne riait pas du tout. Parfois papa lors d’un souper «prenait un coup» et il lui arrivait alors de dire des folies. Mais dans ces cas là maman Loulou disait : «Voyons, arrête donc René!» et papa redevenait sérieux comme un pape. Voyant que sa mère ne disait rien, Maude lui demanda :
-Maman, est ce que paparoni dit la vérité ou est-ce qu’il dit des foleries?
-Ma belle pitoune, répondit sa mère, ce que ton père dit est vrai. Il y a vraiment un alligator dans le sous-sol.
Maude fixa son père, éberluée. Ils vivaient ici dans cette maison depuis 2 ans; Maude en avait visité chaque parcelle du sous-sol en jouant à la cachette avec ses amis. Mais jamais n’y avait-elle vu, ni même remarqué, un alligator.
-On va finir de souper, dit son père, et ensuite nous allons attendre environ une heure. Comme ça, nous serons certains qu’il sera endormi quand nous irons le voir. Nous allons nous préparer, nous prendrons chacun une «flash light»…Mais avant tout autre chose, il faut que je te raconte comment cet alligator est entré en ma possession.
Il se servit un verre de vin rouge, fit claquer sa langue et racla sa gorge. Maman Loulou fit un large sourire à Maude, l’air de dire : «Tu vas voir, cette histoire je l’ai entendu milles fois, elle est terrible!» Puis papa commença.
-Ma pitchounette, tu te souviens de mon ami Louis? Celui qui a nagé avec des piranhas dans l’Amazone?
Maude acquiesça.
- Je ne te raconterais pas l’histoire une autre fois, tu la connais déjà assez bien. Mais imagines toi donc que, bien que je n’aime pas trop en parler, j’étais avec lui lors de ce voyage! Oh je sais, je ne l’ai jamais mentionné avant, mais tu me connais : je suis humble, un peu réservé, je ne voulais pas lui voler la vedette! Nous étions donc tous les deux jeunes, beaux et fougueux au Brésil à la recherche de nouvelles aventures. C’est sur un coup de tête que nous avions décidé de partir en Amérique du Sud. Ma rencontre avec l’alligator s’est déroulée à la fin de ce voyage.
Il prit une gorgé de vin avant de poursuivre.
-Nous étions donc moi et Louis à la recherche d’extraordinaire, de grandiose, de folie, de sparatagonflant quoi! Nous étions tout les deux jeunes et fous, alors rien ne nous semblait assez dangereux, assez incroyable, assez phénoménal! Voilà pourquoi une croisière sur l’Amazone s’est imposée d’office. Nous avions rencontré un homme, un dénommé Sergio, dans un bar d’Obidos une ville qui borde l’Amazone. Nous lui avions payé quelques bières et l’avions rapidement mit dans notre petite poche arrière à force de rire avec lui et de lui payer des tournées. Nous étions fort éméchés quand nous avons osé lui proposer de nous amener en pirogue sur le fleuve… et qu’il a dit oui. Vois-tu, pitchounette, l’Amazone est un fleuve hostile : il faut être fou pour oser s’y aventurer. Quoi qu’il en soit, nous fixâmes un rendez-vous à Sergio pour le lendemain matin. Louis, moi et Sergio avions rendez-vous avec notre destin, mais nous ne le savions pas encore. Nous étions bien trop éméchés pour nous rendre compte de quoi que ce soit!
Papa prit une cigarette dans son paquet, l’alluma et en tira une bouffée. Puis il reprit.
- Le lendemain nous avions dégrisé, mais nous étions toujours autant décidé, sinon même plus que la veille: nous irions sur le fleuve quoi qu’il advienne. Notre guide Sergio fut à l’heure au point de rendez-vous et nous partîmes aux aurores. Sergio nous apprit rapidement les règles de base : comme je l’ai dis plus tôt pitchounette, l’Amazone est un fleuve sauvage et terrible. Ceux qui s’y aventurent doivent être extrêmement prudent! Plus tard dans la matinée, Louis s’est baigné avec les piranhas, comme tu le sais déjà puisqu’il te raconte cette histoire à chaque fois qu’il te voit. Moi, j’étais dans la pirogue avec Sergio quand j’ai entendu un bruit : comme un plouf, tu vois? J’ai regardé autour, mais je n’ai rien vu. J’ai demandé à Sergio, mais lui non plus n’avait rien aperçu.
Il éteignit sa cigarette avant de poursuivre.
-J’étais donc avec mon guide dans la pirogue, à dialoguer des aléas de la vie au Brésil quand soudain, je l’ai vu. Comment te dire à quoi cela ressemblait? On aurait dit un tronc d’arbre, mais il se déplaçait trop rapidement, glissant dans l’eau sans provoquer aucunes éclaboussures : seules quelques vaguelettes trahissaient sa présence. Aussitôt j’ai compris que la situation était grave : mon ami Louis se baignait, il n’avait donc pas vu la créature marine qui se déplaçait vers lui dans l’optique fort évidente d’en faire son déjeuner! J’ai alors fais ce que tout être humain sensé n’aurait pas fait : je me suis jeté à l’eau dans l’idée complètement folle de lutter contre l’alligator.
Papa fit une pause, les yeux rivés à la table.
-C’était une idée insensée, pitchounette, complètement folle. Comme si moi je pouvais battre un alligator! Il faut dire qu’à l’époque j’étais plus mince qu’aujourd’hui, j’étais tout en muscle! Pas une once de graisse! Tout de même c’était imbécile de ma part que de tenter le coup et c’est sous les cris terrifiés de Sergio que j’ai pris l’alligator à bras le corps et que nous commençâmes à lutter. Mon adversaire était énorme, il devait faire au moins 3 mètres de long, ses dents étaient acérés comme des couteaux de cuisines, sa force m’entrainait inlassablement vers le fonds de l’Amazone…Mais pourtant je luttais et pif! (il mima le geste) Un coup sur le museau! Paf! Un autre dans le ventre! J’ai lutté avec une telle ardeur pitchounette qu’à un moment le guide s’est levé dans la pirogue et qu’il s’est mis à m’hurler des encouragements! Et sur les grèves du fleuve des indigènes attirés par le combat d’homme à animal dansaient comme des majorettes du Carnaval, scandant RE-NÉ, RE-NÉ, RE-NÉ!
Maude ne bougeait plus, fasciné par le récit de son père.
-Finalement, j’ai décroché un coup de droite et l’alligator s’est avoué vaincu. Mais il était tout bouffi, le pauvre, il n’avait plus un croc, son corps était couvert de bleu…Alors j’ai dis à Louis, qui nous avait finalement rejoint : «On ne peut pas le laisser comme ça…» Tu vois, Maude, cette bête je l’ai battu, j’ai lutté avec elle si fort qu’à la fin, une forme de respect s’était imposé entres nous. C’est la dure loi de la jungle, pitchounette, les plus faibles témoignent de leur respect au plus fort et en échange, les plus forts leur offre à leur tour leur protection. De plus, ce pauvre alligator, comment aurait-il pu continuer à chasser? Sans dents ni rien? Et ses comparses alligators sur les berges du fleuve qui riaient de lui, la gueule grande ouverte! Non je devais le ramener. Bon, je te l’accorde, ce fut compliqué de passer avec lui aux douanes, ça fait toute une histoire… C’est depuis ce temps que je le garde en bas, au sous-sol. Je le nourris, je le soigne…Parfois on boxe un peu, en souvenirs du bon vieux temps. Je le laisse gagner, toujours. C’est ma façon à moi de lui témoigner mon amitié. Et maintenant, il est temps pour moi de te le présenter.
Les trois se levèrent d’un bon, comme si un ressort les poussait hors de la salle à diner. Maude, son papa et sa maman prirent chacun une lampe de poche et maman éteignit toutes les lumières. L’alligator n’aimait pas la clarté, il préférait les ténèbres qui lui rappelaient son Amazone natal. L’enfant et ses parents se mirent à la queue-leu-leu et descendirent l’escalier qui mène au sous-sol. Maude riait, pensant ainsi camoufler sa terreur. Un alligator! Pensait-elle. Un vrai, comme elle a vu dans les livres! Un alligator, dans son sous-sol à elle! Qu’est ce qu’elle était excité, elle allait le dire à TOUT LE MONDE lundi matin à la garderie, puis à l’école, elle sera la fille la plus POPULAIRE! Maude riait, sans pouvoir s’arrêter. Sur son épaule la main de sa mère reposait doucement, comme pour dire : «Tant que je serais là, ya pas un alligator qui va prendre une bouché de toi ma pitoune!»
Ils entrèrent dans une des pièces du sous-sol, celle où son père gardait ses outils. Il lui avait jadis interdit d’y venir, elle comprenait maintenant pourquoi.
-Chut, murmura son père, je vais le prendre et te le montrer...Mais il ne faut pas faire de bruit!
Ce qui la frappa en premier, c’était l’odeur.
Maude avait déjà été au Biodôme de Montréal avec sa classe. Dans la zone « tropical-humide », l’air avait été étouffant. L’odeur des plantes tropicales et des zones d’eau stagnante lui avait fait tourner la tête…et la chaleur! Comme si elle était en pleine canicule au mois de juillet. Dans le sous-sol, l’air était saturé d’une autre odeur, indescriptible, comme du foin qui aurait moisi sous l’effet de la chaleur et de l’humidité. Un relent aussi, un effluve de cuir, comme à la cordonnerie.
Et dans un coin sombre dormait, lové sur lui-même, un vieil alligator amazonien de 6 pieds de long dont la respiration faisait enfler et diminuer le ventre par à-coup. Quand il bailla, Maude remarqua avec stupeur qu’il n’avait effectivement plus aucunes dents.
Son père se pencha alors au dessus de son épaule et murmura à son oreille, pour ne pas réveiller la bête qui dormait : « Alors ma pitchounette, ne te l’avais-je pas dit que papa avait un en sa possession un alligator d’Amazonie?
mercredi 30 juin 2010
mercredi 15 juillet 2009
Skatebording is not a crime!
Pour Véro
Il vient un moment où tout être humain réalise qu'il est devenu un adulte.
Chez les Spartiates, pour devenir un adulte et un guerrier, les jeunes garçons devaient vivre une épreuve nommé la Kryptie. Moi, pour devenir une adulte à 26 ans, j'ai pris une brosse avec mon amoureux.
Mais avant raconter tout ça ici, je dois revenir en arrière.
Parenthèse.
Adolescente, je me pâmais la langue à terre tous les week-ends avec mes amies au carré d'Youville à Québec devant les skatteux.
Ah! Le skatteux et sa casquette de chez Exo.
Ah!Le skatteux qui enlève son t-shirt de chez X2O Rio, exhibant ses abdominaux glabres et luisant de sueur ou encore mieux, poilu comme doit l'être un homme.
Ah! Le skatteux qui boit à l'abreuvoir et sur ses belles lèvres sèches et charnues ruisselle une eau limpide.
Ah! Le doux renflement qui se dévoile quand le skatteux exécute une figure avec son skateboard et qu'on voit apparaitre ses fesses moulé dans un boxer qu'il n'a pas daigné recouvrir de ses jeans.
La mode des g-string à l'air, elle vient peut-être de là si ça se trouve.
J'aurais vendu ma grand-mère en croquettes pour être la copine super stylée d'un skatteux.
Moi et mes amies regardions négligemment les garçons rouler sur leur planche avec l'air de celles qui en avaient vu d'autres; mais notre jeune âge ne nous permettait pas d'avoir l'air aussi au dessus de ça qu'on aurait aimé le montrer.
Les novices que nous étions voyions nos joues s'empourprer dès que l'un d'eux passait près de nous, dès que nous entendions un autre skatteux le héler (il s'appelle Sébas, il s'appelle Sébas!!!).
Nous écoutions du punk à plein volume dans nos walkmans jaunes Sony avec des cassettes tellement copiées qu'il ne restait qu'un mince filait de voix qui filtrait jusqu'à nos oreilles. Et nous avions le style skatteux.
Nos parents aurait dis oui qu'on aurait trimballé partout avec nous, comme une sacoche, un skateboard, mais ils trouvaient cela ridicule et ils avaient bien raison.
Nous, nous étions du bon bord. Car de l'autre bord, il y avait les yo.
Comme les yo étaient les ennemis jurés des skatteux, ils étaient les nôtres aussi. Les yo écoutaient du dance, s'habillaient chez Stitches et étaient cons. Point barre.
Tout donner, j'aurais tout donné pour avoir un skatteux à moi toute seule.
Et bien que j'aie donné beaucoup, je ne l'ai jamais vraiment eu.
Fin de la parenthèse.
Nous étions donc là, les deux pompettes et heureux quand il m'est venu une idée géniale: lui faire entendre une toune. Et pas n'importe laquelle: Paranoid Android de Radiohead repris au piano par Christopher O'riley. Vraiment, l'idée de génie.
Donc je mets la chanson et dans un recueillement propice à ce genre de moment proche de la prière, j'écoute. Pleure un peu. Bave à peine. Et le regarde, mon bel amour, pour voir s'il partage mon enthousiasme.
Hé bien non.
Il est assis sur le lit et me regarde étrangement, comme si le piano de O'reily lui plaisait autant qu'une crème molle à l'huile de foie de morue. ''Alors''? que je lui demande, ne perdant pas espoir de partager avec lui ce moment. ''Ben...ça me dis rien...'' Et moi de réagir avec tout l'éclat que me confère mon état d'ébriété avancé: ''Ben voyons minou! Tu ne la connais pas cette chanson? C'est Paranoid Android de Radiohead!'' Sur le lit: toujours aucune réaction. Être plus susceptible, je serais portée à croire qu'il fait exprès pour me choquer. ''Ben voyons ! que je m'écrie, n'y croyant pas encore. Tu ne connais pas Paranoid Android?!?''
''Ben non...''
''Mais alors! que je hurle, car ignare à ce point ça ne se peut pas, il me cherche ce taquin c'est évident, qu'écoutais-tu dans les années 1990-2000?!?''.
Il me répondit alors comme s'il s'agissait d'une évidence aussi grande que l'universalité de la pièce de piano de Christopher O'riley l'était à mes yeux.
''Ben...Du dance.''
Je me suis alors vue, avec mes pantalons trop grand, mes souliers de skate, assise au carré d'Youville et la jeune fille que j'ai été m'a regardé et a murmuré: ''Fuck man...Tu t'es pogné un yo.''
Et j'ai su que j'étais un adulte, car qu'il soit yo, preppies ou ex-candy raver, il sera toujours l'homme de ma vie.
Il vient un moment où tout être humain réalise qu'il est devenu un adulte.
Chez les Spartiates, pour devenir un adulte et un guerrier, les jeunes garçons devaient vivre une épreuve nommé la Kryptie. Moi, pour devenir une adulte à 26 ans, j'ai pris une brosse avec mon amoureux.
Mais avant raconter tout ça ici, je dois revenir en arrière.
Parenthèse.
Adolescente, je me pâmais la langue à terre tous les week-ends avec mes amies au carré d'Youville à Québec devant les skatteux.
Ah! Le skatteux et sa casquette de chez Exo.
Ah!Le skatteux qui enlève son t-shirt de chez X2O Rio, exhibant ses abdominaux glabres et luisant de sueur ou encore mieux, poilu comme doit l'être un homme.
Ah! Le skatteux qui boit à l'abreuvoir et sur ses belles lèvres sèches et charnues ruisselle une eau limpide.
Ah! Le doux renflement qui se dévoile quand le skatteux exécute une figure avec son skateboard et qu'on voit apparaitre ses fesses moulé dans un boxer qu'il n'a pas daigné recouvrir de ses jeans.
La mode des g-string à l'air, elle vient peut-être de là si ça se trouve.
J'aurais vendu ma grand-mère en croquettes pour être la copine super stylée d'un skatteux.
Moi et mes amies regardions négligemment les garçons rouler sur leur planche avec l'air de celles qui en avaient vu d'autres; mais notre jeune âge ne nous permettait pas d'avoir l'air aussi au dessus de ça qu'on aurait aimé le montrer.
Les novices que nous étions voyions nos joues s'empourprer dès que l'un d'eux passait près de nous, dès que nous entendions un autre skatteux le héler (il s'appelle Sébas, il s'appelle Sébas!!!).
Nous écoutions du punk à plein volume dans nos walkmans jaunes Sony avec des cassettes tellement copiées qu'il ne restait qu'un mince filait de voix qui filtrait jusqu'à nos oreilles. Et nous avions le style skatteux.
Nos parents aurait dis oui qu'on aurait trimballé partout avec nous, comme une sacoche, un skateboard, mais ils trouvaient cela ridicule et ils avaient bien raison.
Nous, nous étions du bon bord. Car de l'autre bord, il y avait les yo.
Comme les yo étaient les ennemis jurés des skatteux, ils étaient les nôtres aussi. Les yo écoutaient du dance, s'habillaient chez Stitches et étaient cons. Point barre.
Tout donner, j'aurais tout donné pour avoir un skatteux à moi toute seule.
Et bien que j'aie donné beaucoup, je ne l'ai jamais vraiment eu.
Fin de la parenthèse.
Nous étions donc là, les deux pompettes et heureux quand il m'est venu une idée géniale: lui faire entendre une toune. Et pas n'importe laquelle: Paranoid Android de Radiohead repris au piano par Christopher O'riley. Vraiment, l'idée de génie.
Donc je mets la chanson et dans un recueillement propice à ce genre de moment proche de la prière, j'écoute. Pleure un peu. Bave à peine. Et le regarde, mon bel amour, pour voir s'il partage mon enthousiasme.
Hé bien non.
Il est assis sur le lit et me regarde étrangement, comme si le piano de O'reily lui plaisait autant qu'une crème molle à l'huile de foie de morue. ''Alors''? que je lui demande, ne perdant pas espoir de partager avec lui ce moment. ''Ben...ça me dis rien...'' Et moi de réagir avec tout l'éclat que me confère mon état d'ébriété avancé: ''Ben voyons minou! Tu ne la connais pas cette chanson? C'est Paranoid Android de Radiohead!'' Sur le lit: toujours aucune réaction. Être plus susceptible, je serais portée à croire qu'il fait exprès pour me choquer. ''Ben voyons ! que je m'écrie, n'y croyant pas encore. Tu ne connais pas Paranoid Android?!?''
''Ben non...''
''Mais alors! que je hurle, car ignare à ce point ça ne se peut pas, il me cherche ce taquin c'est évident, qu'écoutais-tu dans les années 1990-2000?!?''.
Il me répondit alors comme s'il s'agissait d'une évidence aussi grande que l'universalité de la pièce de piano de Christopher O'riley l'était à mes yeux.
''Ben...Du dance.''
Je me suis alors vue, avec mes pantalons trop grand, mes souliers de skate, assise au carré d'Youville et la jeune fille que j'ai été m'a regardé et a murmuré: ''Fuck man...Tu t'es pogné un yo.''
Et j'ai su que j'étais un adulte, car qu'il soit yo, preppies ou ex-candy raver, il sera toujours l'homme de ma vie.
lundi 13 juillet 2009
Le chalet
Quand j'étais petite, nous allions à chaque été à mon chalet, au lac Saint-Charles dans la grande région de Québec.
C'était un shack perdu au milieu des riches maisons bourgeoises; un immense terrain où logeaient le Grand Chalet Blanc, la Roulotte et le Petit Chalet Bleu. Pour résumer, le Grand Chalet Blanc était comme la maison commune (où feu ma grand-mère dormait), la Roulotte appartenait à la famille M... et moi, mes parents et ma jeune sœur dormions dans le Petit Chalet Bleu. Mes cousins dormaient dans la Roulotte mitoyenne à notre chalet deux pièces: ils aimaient dire le matin que mon père ronflait tellement fort qu'ils l'avaient entendu toute la nuit. Comme il ronfle comme une tondeuse à gazon qui a de la misère à démarrer et que les murs du chalet étaient en carton, je crois bien qu'ils avaient raison.
En vérité, le Petit Chalet Bleu n'était pas isolé : les murs étaient vides. Ceci faisait en sorte que nous ne pouvions pas y vivre à l'année et que les murs étaient couvert de tablettes: les traverses des murs. Et les soirs de pluie, on entendait les gouttes frapper le toit comme si des écureuils dansaient la claquette sur nos tête.
Notre chalet était une fierté familiale, malgré ses allures déglingués. On y parquait nos vélo dans l'allée de garage, on construisait des cabanes dans les arbres, on se baignait dans la piscine hors-terre pendant des heures: que du bon.
La majorité du temps, il n'y avait que ma famille et celle de mes cousins M... Mais quand le reste de la parenté venait passer la journée au Lac, le party levait assez vite. Nous sommes beaucoup de cousins, 10 en tout; 10 ans sépare le plus jeune du plus vieux.
Et un jours, un de mes nombreux cousins a amené un ami du Patro Laval, un centre communautaire.
Oh oh.
Ensemble, nous ne faisions qu'un: le même sang coulait dans nos veines. Nous nous comprenions sans avoir à parler. Des codes régissaient notre monde et aujourd'hui, je sais que si vous dites à quelqu'un dans un party: ''Prends pas ma place'' lorsque vous vous lever pour aller pisser, garanti qu'il va la prendre pareil, juste pour vous faire chier.
Nous, nous respections la parole du cousin.
L'ami donc se présente au chalet et parle trop fort, bouge trop vite, bouscule un peu, bref essaie de se faire une place, mais ce n'est pas facile. Nous sommes tissés serrés.
Le jeune garçon n'a rien de particulier si ce n'est qu'il se gratte. Tout le temps. Peut-être avait-il un toc? Mais nous ignorons ce qu'est un toc, nous ignorons la maladie, la peur et la mort: alors nous l'appelons ''Sam Pique''.
Et Sam Pique de se gratter de plus belle, nous énervant parce que pas comme les autres, pas comme nous autres et nous décidons de faire une chose horrible.
Nous avions à mon chalet des objets que je n'ai jamais retrouvé ailleurs. Une chaise de jardin, par exemple: grande, longue, blanche en métal avec des springs et un coussin avec des fleurs jaunes et brunes. Une merveille kitsch.
Alors nous avons dit à Sam Pique de se coucher sur la chaise, pour le fun, sans y mettre le coussin. Et toujours pour le fun, nous l'avons attaché avec une grosse corde jaune qui écorchait les mains.
Puis, quand il fut bien ficelé, une bulle est passée et nous avons décidé, entre cousins, d'aller au lac pour voir s'y on y était. Car au lac Saint-Charles, il y avait un lac: de l'autre côté de la rue et du bosquet.
C'est ma tante N... qui nous a intercepté. Sans elle, Sam Pique serait encore sur sa chaise.
Mais il faut nous comprendre: nous n'étions que des enfants.
Et il n'arrêtait pas de se gratter.
C'était un shack perdu au milieu des riches maisons bourgeoises; un immense terrain où logeaient le Grand Chalet Blanc, la Roulotte et le Petit Chalet Bleu. Pour résumer, le Grand Chalet Blanc était comme la maison commune (où feu ma grand-mère dormait), la Roulotte appartenait à la famille M... et moi, mes parents et ma jeune sœur dormions dans le Petit Chalet Bleu. Mes cousins dormaient dans la Roulotte mitoyenne à notre chalet deux pièces: ils aimaient dire le matin que mon père ronflait tellement fort qu'ils l'avaient entendu toute la nuit. Comme il ronfle comme une tondeuse à gazon qui a de la misère à démarrer et que les murs du chalet étaient en carton, je crois bien qu'ils avaient raison.
En vérité, le Petit Chalet Bleu n'était pas isolé : les murs étaient vides. Ceci faisait en sorte que nous ne pouvions pas y vivre à l'année et que les murs étaient couvert de tablettes: les traverses des murs. Et les soirs de pluie, on entendait les gouttes frapper le toit comme si des écureuils dansaient la claquette sur nos tête.
Notre chalet était une fierté familiale, malgré ses allures déglingués. On y parquait nos vélo dans l'allée de garage, on construisait des cabanes dans les arbres, on se baignait dans la piscine hors-terre pendant des heures: que du bon.
La majorité du temps, il n'y avait que ma famille et celle de mes cousins M... Mais quand le reste de la parenté venait passer la journée au Lac, le party levait assez vite. Nous sommes beaucoup de cousins, 10 en tout; 10 ans sépare le plus jeune du plus vieux.
Et un jours, un de mes nombreux cousins a amené un ami du Patro Laval, un centre communautaire.
Oh oh.
Ensemble, nous ne faisions qu'un: le même sang coulait dans nos veines. Nous nous comprenions sans avoir à parler. Des codes régissaient notre monde et aujourd'hui, je sais que si vous dites à quelqu'un dans un party: ''Prends pas ma place'' lorsque vous vous lever pour aller pisser, garanti qu'il va la prendre pareil, juste pour vous faire chier.
Nous, nous respections la parole du cousin.
L'ami donc se présente au chalet et parle trop fort, bouge trop vite, bouscule un peu, bref essaie de se faire une place, mais ce n'est pas facile. Nous sommes tissés serrés.
Le jeune garçon n'a rien de particulier si ce n'est qu'il se gratte. Tout le temps. Peut-être avait-il un toc? Mais nous ignorons ce qu'est un toc, nous ignorons la maladie, la peur et la mort: alors nous l'appelons ''Sam Pique''.
Et Sam Pique de se gratter de plus belle, nous énervant parce que pas comme les autres, pas comme nous autres et nous décidons de faire une chose horrible.
Nous avions à mon chalet des objets que je n'ai jamais retrouvé ailleurs. Une chaise de jardin, par exemple: grande, longue, blanche en métal avec des springs et un coussin avec des fleurs jaunes et brunes. Une merveille kitsch.
Alors nous avons dit à Sam Pique de se coucher sur la chaise, pour le fun, sans y mettre le coussin. Et toujours pour le fun, nous l'avons attaché avec une grosse corde jaune qui écorchait les mains.
Puis, quand il fut bien ficelé, une bulle est passée et nous avons décidé, entre cousins, d'aller au lac pour voir s'y on y était. Car au lac Saint-Charles, il y avait un lac: de l'autre côté de la rue et du bosquet.
C'est ma tante N... qui nous a intercepté. Sans elle, Sam Pique serait encore sur sa chaise.
Mais il faut nous comprendre: nous n'étions que des enfants.
Et il n'arrêtait pas de se gratter.
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